Home arrow Novedades arrow Archives arrow Archivos de Noticias arrow Le P. d'Alzon, à la fin de sa vie (année 1880)

.: Who's Online :.
DSC_7665.jpg



Le P. d'Alzon, à la fin de sa vie (année 1880) PDF Print E-mail
Written by P. Jean Paul Périer-Muzet   

Tel Augustin, sur les ruines d'Hippone


Le P. d'Alzon s'achemine vers sa fin au cours de l'année 1880 où, en France, l'avenir se révèle très sombre pour l'Eglise et les congrégations religieuses (projet de loi Ferry restreignant les possibilités de l'enseignement pour les membres des congrégations religieuses et menaçant l'existence des congrégations religieuses non autorisées). Il a le pressentiment que sa mort est proche. Le 10 août, il écrit encore à la Mère Marie-Eugénie de Jésus : ‘Le 15 au soir, j'entre en retraite pour quinze jours, afin de me préparer à mes 70 ans. Après quoi...’ Et il laisse la phrase inachevée. Le prieur de la Chartreuse de Valbonne (Gard), Dom Vaulchier, où il fait une seconde retraite en septembre, disait de lui : ‘Je crois que le P. d Alzon, comme toutes les âmes avancées dans les voies de Dieu, ne prodiguait de lui-même que ce qui pouvait servir à glorifier Dieu et à sanctifier les âmes. Il se souciait peu des jugements des hommes’. Le P. d'Alzon fait encore une troisième retraite avec ses religieux, les novices et les postulants ; elle se termine par une prise d'habit et il se fait photographier au milieu d'eux. Sa silhouette puissante occupe le centre du groupe, et de sa tête encapuchonnée, aux traits austères ravagés par la vieillesse et la douleur, se dégage une profonde impression de tristesse et d'accablement. Ses soixante-dix ans en accusent dix de plus. L'incertitude concernant le sort de ses religieux condamnés à un exil prochain en Angleterre ou en Espagne explique un peu ces appréhensions réfléchies sur son visage. Ses forces déclinent inexorablement et, le 11 octobre, après avoir dit la messe, il s'alite. La fin de vie du P. d'Alzon fait penser à celle d'Augustin angoissé à l'idée d'une dévastation de la civilisation romaine par l'invasion des barbares. Le vieux lutteur de Nîmes éprouve ce même sentiment d'impuissance vis-à-vis des forces politiques nouvelles, républicaines, qui entendent construire et soustraire la société française émancipée des influences cléricales et ecclésiales.

L'adieu à ses congrégations


Au cours des semaines suivantes, un mieux semble se déclarer, mais c'est un vieillard usé qui se débat contre la mort. Le Docteur Combal l'a averti avec précaution, mais sans fausse assurance ‘Votre santé est comme un capital ébréché’. Le P. d'Alzon lui a répondu en riant : ‘J'en ai tant ébréché dans ma vie, je pouvais bien ébrécher celui-là’. Il reçoit tour à tour Mère Correnson, la fondatrice des Religieuses de l'Assomption Mère Marie-Eugénie venue exprès d'Auteuil, les religieux assomptionnistes présents sur Nîmes ou descendus de Paris, pour de derniers entretiens. On s'attend en cette fin du mois d'octobre à l'application brutale des décrets d'expulsion des religieux. Les Jésuites en ont déjà fait les frais , le monastère voisin de Saint-Michel de Frigolet subit un véritable siège militaire, le collège de l'Assomption est gardé de jour comme de nuit par l'association des Anciens élèves. Cependant diverses interventions, dont celle de Mgr Besson auprès du président en exercice Jules Simon, font ajourner la décision de faire investir les lieux par les forces de police, par respect pour le grand religieux qui s'éteint. Le récit des adieux à ses religieux a été rédigé par le P. Emmanuel Bailly, supérieur du collège de Nîmes et Provincial du Midi, en des termes émouvants reproduits depuis dans les Ecrits Spirituels : ‘Mes chers frères, vous savez qu'après Dieu et la Sainte Vierge, vous êtes ce que j'ai le plus aimé au monde. Nous allons nous quitter. Soumission à la volonté de Dieu. Il est le maître... Il y a beaucoup de bons religieux qui ne sont pas ici, mon coeur les atteint.’


Après une agonie qui dure six jours sans lui arracher une parole de plainte et sans lui enlever un seul instant sa connaissance, le P. d'Alzon s'endort dans le silence, un profond recueillement et une intime union à Dieu, vers midi, au son de l'Angelus, le 21 novembre 1880, le jour de la fête de la Présentation de la Vierge au Temple. Ses funérailles sont présidées par Mgr Besson, son évêque, le jeudi 24 suivant, en présence d'une foule considérable estimée à 30. 000 personnes. Un grand homme, un soldat de Dieu, venait de quitter le champ de bataille ; mais ses filles et ses fils, bien dirigés, contiueront les combats pour les Droits de Dieu et l’avancée du Royaume.



Les chantiers de l'Assomption

Prévoyant, le P. d'Alzon, dès 1876, avait organisé la Congrégation des Assomptionnistes en trois provinces : Paris, Nîmes, Andrinople (mission d'Orient). S'il avait finalement donné sa démission de vicaire général en 1878 (un service rendu pendant 40 ans), c'était en vue de mieux se consacrer à l'animation et à l'organisation de ses congrégations religieuses. En 1875, il a encore lancé une nouvelle revue depuis son collège de Nîmes, L'Assomption, pour intéresser de généreux laïcs à ses chantiers apostoliques et missionnaires : les alumnats, la presse, les pèlerinages, l'oeuvre de Notre-Dame des Vocations, la mission d'Orient où travaillent au coude à coude, sous la tranquille autorité du P. Galabert, Assomptionnistes et Oblates. Durant sa dernière année de vie, le P. d'Alzon a tenu à collaborer par des homélies au Pèlerin qui commençait alors une glorieuse carrière et dont il était alors difficile de prévoir une longévité plus que séculaire. Très vite on adjoignit à l'hebdomadaire un feuillet supplémentaire populaire, la Vie des saints, qui allait constituer par la suite une revue à part. Cette même année 1880 il élabore avec les religieux de Paris, François Picard et Vincent de Paul Bailly, un projet de presse populaire à bon marché, ce que la Bonne Presse allait réaliser après sa mort. Sa collaboration à la formule Croix-Revue, alors mensuelle, entend rappeler les droits et libertés de l'Eglise menacés par la législation en France. De vigoureux articles de sa part martèlent sa forte pensée marquée au coin d'un ultramontanisme sans faille et d'un anti-libéralisme ombrageux. Au cours de l'été, le P. d'Alzon ne manque pas de se solidariser fermement avec les religieux victimes du pouvoir en France. Mais c'est seulement en 1883, trois ans après la mort du P. d'Alzon, que va naître le journal quotidien La Croix, profitant de la conjoncture, notamment le décès de Louis Veuillot à la tête de l'Univers. Jusqu'au bout, le P. d'Alzon a su imprimer sa marque aux projets apostoliques de l'Assomption, tout en sachant se concerter avec ses religieux à Paris (maîtres d'oeuvre pour les activités de presse et de pèlerinage), à Nîmes et en Orient. Même si l'évolution des temps allait engendrer d'autres orientations sous des formes assez diverses, les générations successives d'Oblates et d'Assomptionnistes continuèrent de marcher sur les traces du Fondateur pour faire advenir le Règne de Dieu grâce à son esprit de service, de générosité et d'inventivité. Le passé n'enferme pas le présent, mais il reste garant de l'avenir. Ce ne sont pas d'oeuvres particulières, fondées ou non du vivant du P. d'Alzon, dont l'Assomption a reçu mission de perpétuer l'existence, mais de la permanence d'un esprit qui invite ses filles et ses fils au voyage sur les routes des hommes et au service de l'Eglise  en tout temps et sous toutes les latitudes.


P. Jean Paul Périer-Muzet,

le 17 novembre 2005

 
< Prev
© 2001-2005 Agostiniani dell Assunzione | Via San Pio V, 55 - 00165 Roma | Tel. 06.66.23.998 | Fax 06.66.35.924 | E-mail: assunzione@mclink.it