« La paix soit avec vous »
Une prière et un appel
EDITORIAL du P. Ngoa Ya Tshihemba
Supérieur Général des Augustins de l’Assomption
La communauté des Assomptionnistes de Due Pini (Rome) a tenu son chapitre local il y a quelques semaines. L’un des moments forts de ce chapitre est le choix d’un thème qui guidera nos prières, nos réflexions et nos activités tout au long de l’année. Nous nous sommes rapidement mis d’accord sur le thème suivant : « Artisans de fraternité et de paix avec saint Augustin ». Le choix de ce thème a été motivé par deux raisons principales : le « momentum augustinien » qui fait l’actualité avec le pontificat du pape Léon (de l’Ordre de Saint-Augustin), et la situation actuelle de nos sociétés, bouleversées par des conflits sans fin. Le désir de vivre en paix est présent dans le cœur de nombreuses personnes.
Depuis sa première allocution, juste après son élection, le pape Léon ne manque aucune occasion de prier pour la paix et d’appeler le peuple de Dieu à en être artisan. Rappelons que ses premiers mots en tant que pape ont été : « La paix soit avec vous. » Quand on lit les actualités concernant les activités du pape, il est impressionnant de constater que, dans presque tous les discours qu’il adresse aux groupes et aux individus qu’il reçoit, il ne cesse de parler de la paix. Récemment, lors du vol l’amenant de Rome à Paris, le pape a déclaré aux journalistes qui l’accompagnaient : « Avant tout, je me rends en France, comme partout ailleurs dans le monde, en tant que disciple de Jésus-Christ pour proclamer la paix, la paix du Christ dans le monde entier. C’est un message qui, comme nous le savons tous, est important en ce moment. » (cité par Vatican News)
Notre communauté se joint donc à la prière et à l’appel du pape en faveur de la paix dans le monde à laquelle aspirent tant de personnes, dont nos frères et sœurs de différentes communautés. Je crois que si nous voulons être des artisans de paix, nous devons d’abord la vivre au sein de nos communautés. Rappelez-vous de cet adage : « On ne donne pas ce qu’on n’a pas. » Espérons que lorsque nous irons parler de cette paix, de la vraie paix, ce sera une façon de témoigner de la paix que nous vivons déjà. Si ce n’est pas le cas, alors nous serions en train de faire un jeu que je ne sais pas nommer.
Nos chapitres locaux sont des occasions de revenir aux orientations du Chapitre général. Il me semble important de rappeler ici le numéro 61 des Actes du 34e Chapitre général : « Sans oublier de nombreuses autres situations de violence et d’injustice, le Chapitre veut identifier quelques lieux significatifs qui nous rendent plus conscients et nous encouragent à nous engager pour la paix, la justice et la fraternité, exigences du Royaume de Dieu : – Le Kivu, en R.-D. Congo, où crient vers le ciel le sang des personnes massacrées et la souffrance des innocents qui perdent tout et sont obligés de quitter leur terre. – Les frontières du désert à El Paso (Texas) et les frontières maritimes sur les côtes de la Grèce, de l’Italie et de l’Espagne, lieux de souffrance et de mort pour des milliers de migrants. – L’Amazonie, qui dans sa tragédie, représente toute la violence exercée contre notre mère la Terre et contre les peuples les plus étroitement liés à la Nature. » (Actes n. 61). Mais par où commencer ? Dans nos communautés, bien sûr : « La mission de l’Assomption est d’annoncer le Règne de Dieu. Notre première mission est la vie fraternelle vécue en communauté à l’école de saint Augustin. » (Actes n. 99)
Les défis semblent avoir un poids qui dépasse nos capacités. Mais ne sous-estimons pas la force de ceux qui se sentent faibles lorsqu’ils s’unissent pour une cause juste. Je me rappelle encore ces encouragements de Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio, qui nous parlait, lors du 34e Chapitre général, de l’urgence de travailler à la paix et à la fraternité, « sans craindre de faire l’histoire avec la force des faibles là où règne la violence ».
Ma prière est que les initiatives personnelles et communautaires lancées en ce début d’année communautaire puissent nous rapprocher du cœur de Jésus-Christ, qui a passé sa vie sur terre en défendant les plus petits et les exclus, ceux qui, bien souvent, sont les premières victimes de la violence, de l’exclusion et de la haine dans nos sociétés. Puisse cette prière du Père d’Alzon devenir la nôtre et nourrir notre désir d’œuvrer pour la paix. « Seigneur, donnez-moi la prière des hommes apostoliques et faites que dans cette prière, si je ne suis pas assez apôtre, je le devienne un peu plus chaque jour. » (E.S. p. 626)


