Les témoins assomptionnistes

LES BIENHEUREUX MARTYRS DE LA FOI EN BULGARIE

Le 11 novembre 1952, à 23h30, dans la prison centrale de la ville de Sofia, capitale de la Bulgarie, trois religieux assomptionnistes bulgares, les Pères Kamen Vitchev, Pavel Djidjov et Josaphat Chichkov, étaient fusillés. En même temps qu'eux un évêque bulgare, passionniste, Eugène Bossilkov, était lui aussi fusillé. Une sentence tombée le 3 octobre, condamnant à mort les quatre hommes lors d'un procès monté de toutes pièces pour accusation d'espionnage au profit du Vatican, de tentative de complot et de valets du capitalisme.

Le pape Jean-Paul II a béatifié Mgr Bossilkov à Rome le 15 mars 1998; il s’est ensuite rendu à Plovdiv en Bulgarie, pour y béatifier les trois martyrs assomptionnistes le 26 mai 2OO2 Il souligna le symbole œcuménique fort, constitué par l’appartenance de ces martyrs aux deux rites, latin et byzantin, des chrétiens de ce pays, premier État slave christianisé (864) et qui donna aux Slaves leurs plus ardents évangélisateurs: les deux saints frères Cyrille et Méthode.

Qui sont les trois martyrs ?

Kamen Vitchev (1893- 1952)

Né le 23 mai 1893, à Srem en Bulgarie, dans une famille paysanne très chrétienne, dont deux des six garçons deviendront prêtres assomptionnistes, le petit Kamen Vitchev fut baptisé sous le prénom de (Petar) Pierre et ne changea son prénom en Kamen, comme c'était alors la coutume dans la Congréation des Assomptionnistes, qu'à son entrée au noviciat à Gempe en Belgique le 18 septembre 1910.

Il avait précédement suivi les cours du petit séminaire de Karagatch, près d'Andrinople et de Phanaraki, sur la rive asiatique de la mer de Marmara. Au sortir du noviciat, le jeune Karnen, jugé pieux, sérieux et travailleur, est envoyé à Louvain, en Belgique, pour ses études de philosophie et de théologie, des études qui seront entrecoupées par des stages d'enseignement au collège St Augustin de Plovdiv et à l'alumnat (petit séminaire) de Koum Kapou.

Il est ordonné prêtre à Constantinople le 22 décembre 1921, dans le rite oriental. De retour en Europe, il fera des études de théologie à Strasbourg et à Rome... Il obtient son doctorat en théologie à Strasbourg en 1929. Excellent connaisseur de l'histoire de l'Eglise en Bulgarie, il publie plusieurs études dans la revue "Echos d'Orient".

A partir de 1930, il est nommé professeur de philosophie et préfet des études au Collège Saint-Augustin de Plovdiv jusqu'à la fermeture du collège par les autorités communistes le 2 août 1948. Tous les élèves du P. Kamen se souviennent de lui avec émotion, respect, reconnaissance. Il est vrai que ce grand collège assomptionniste était devenu le fleuron de l'Intelligentsia bulgare. Il accueillait sans distinction des jeunes orthodoxes, catholiques, arméniens, juifs et musulmans. Tous vivaient en parfaite harmonie sans renier leur foi. C'était une réussite oecuménique extraordinaire. Un tel établissement qui faisait par ailleurs honneur à la culture française tomba vite dans le collimateur du régime communiste.

Le collège fermé, le P.Kamen devient Supérieur du séminaire de Plovdiv où se sont regroupés, sous le même toit, quinze religieux cinq étudiants en théologie et quatorze séminaristes. En 1949, tous les religieux étrangers sont expulsés de Bulgarie et le P. Kamen est nommé Vicaire provincial des Assomptionnistes bulgares.. Ils sont 20 et ils prennent en charge cinq paroisses de rite oriental et quatre paroisses de rite latin.

Mais les difficultés s'accumulent. Tous sont étroitement surveillés par la police. Les préocupations financières s'aggravent. Un assomptionniste, le P. Assen Tchonkov, est arrêté en août 1950.

Dans une lettre écrite au Supérieur général des Assomptionnistes, le P. Gervais Quenard, le 24 novembre 1949, le P. Kamen Vitchev pressent un avenir terrible: "le rideau de fer devient de plus en plus imperméable. Sans doute prépare-t-on les dossiers pour le procès des curés catholiques qui auront le même sort que les pasteurs protestants lorsque le moment opportun sera venu".

Il est arrêté dans la nuit du 4 juillet 1952 en même temps que le P. Joseph Djidjov.

Assomptionniste de grande foi, fervent, fidèle, éducateur estimé et respecté, éloquent, à l'esprit très clair, formateur de prêtres, au service de l'unité de l'Eglise, attentif aux autres, le P. Kamen avait un tel rayonnement et une telle responsabilité dans l'Eglise de Bulgarie, qu'il était pour les communistes, l'homme à abattre, la cible de leur haine. Et tout sera fait, au cours du procès, pour détruire sa personnalité.

Pavel Djidjov (1919 - 1952)

Arrêté lui aussi dans la nuit du 4 juillet en même temps que le P. Kamen Vitchev, Pavel Djidjov était le plus jeune. Il n'avait que 33 ans.

Né le 19 juillet 1919 à Plovdiv, l'ex-Philippoli, dans une famille catholique de rite latin, il fut baptisé dès le 2 août sous le nom de Joseph avant de prendre un nouveau prénom Pavel (Paul) en entrant au noviciat des Assomptionnistes le 2 octobre 1938 au noviciat de Nozeroy, dans le Jura.

Tout jeune, il avait manifesté le désir de devenir prêtre. Entré au séminaire des Assomptionnistes, il poursuit chez eux au collège St Augustin de Plovdiv ses études secondaires. Il y est noté comme bon élève, fort en mathématiques, vif, sportif dans le club devenu depuis lors le "Locomotiv" de Plovdiv.

Après son noviciat, il fait ses études de théologie en France pendant la deuxième guerre mondiale au scolasticat de Lormoy, près de Paris. La vie est rude alors et l'on ne mange pas à sa faim. Aussi prend-il l'initiative d'élever quelques moutons pour améliorer l'ordinaire des étudiants.

Mais pour des raisons de santé, en 1942, il retourne en Bulgarie où il termine ses études de théologie et est ordonné prêtre dans le rite latin le 26 janvier 1945 à Plovdiv.

Il poursuit des études d'économie et de sciences sociales, est professeur au collège de Varna où il est surveillé de près par la police car il a beaucoup d'influence sur les étudiants. Il est ensuite nommé, en 1945, économe du Collège St-Augustin de Plovdiv jusqu'à ce que le collège soit fermé par les communistes en août 1948. Les religieux assomptionnistes bulgares sont alors dépourvus de toutes ressources.

Les Assomptionnistes français tentent de les aider en leur envoyant de l'argent par l'intermédiaire de la Légation de France.

En juin 1952, le P. Pavel, commentant dans une lettre les arrestations et les condamnations de plusieurs prêtres écrit : "Que la volonté de Dieu soit faite : nous attendons notre tour". Le mois suivant, il était arrêté.

Tous ceux qui l'ont connu appréciaient sa piété, son sens de l'humour, sa foi profonde, son esprit oecuménique, son intrépidité face aux communistes, n'hésitant pas à rencontrer les autorités pour défendre les biens de l'Eglise, visitant le Père assomptionniste Assen Tchonkov incarcéré à la prison de Sofia et demandant aux gardiens d'alléger son sort.

Josaphat Chichkov (1884- 1952)

Des trois martyrs assomptionnistes, Robert -Matthieu Chichkov (qui comme assomptionniste, prendra le prénom de Josaphat) était le plus âgé.

Né à Plovdiv, le 9 février 1884, dans une famille nombreuse de catholiques latins très fervents, il entra au petit séminaire assomptionniste de Karagatch (Andrinople) à l'âge de 9 ans. Il y fit toutes ses études primaires et secondaires jusqu'en 1899.

Il n'a que 16 ans quand il entre au noviciat assomptionniste de Phanaraki, en Turquie, le 24 avril 1900. Il est ordonné prêtre le 11 juillet 1909 à Malines, en Belgique, après avoir fait ses études de philosophie et de théologie à Louvain.

De retour en Bulgarie, où il sera successivement professeur au Collège Saint-Augustin de Plovdiv, au collège Saint- Michel de Varna, Supérieur du petit séminaire "Saints Cyrille et Méthode" de Yambol et aussi curé de la paroisse latine de Yambol tout en assurant l'aumônerie des Soeurs Oblates de l'Assomption, puis de nouveau à Varna de 1937 à son arrestation en décembre 1951, par la milice communiste.

C'était un homme débordant d'activités, d'une très grande érudition, bon musicien, bon prédicateur, bon éducateur, de tempérament jovial et plein d'humour. A l'affût du progrès, il avait installé dès 1932, au séminaire de Yambol un récepteur radio et un appareil de projection de films "Pathé -Baby". A Varna, il crée un foyer franco-bulgare qui comptera plus de 150 membres.

Il accueillait souvent Mgr Roncalli (le futur Jean XXIII) alors Visiteur apostolique en Bulgarie qui venait là pour se reposer.

Dans une lettre de 1930, il écrit: "Nous cherchons à faire de notre mieux tout ce qu'on attend de nous en vue de nous sanctifier sans en avoir l'air". Une petite phrase qui résume bien sa vie.

LES TÉMOINS DE LA FOI EN ARGENTINE

Les frères Carlos Antonio Felipe Di Pietro et Raúl Eduardo Rodríguez, religieux assomptionnistes, ont été enlevés et ont disparu le 4 juin 1976.

"À l'âge de 31 et 28 ans, respectivement, ils ne sont pas morts comme des jeunes naïfs ou des idéalistes absurdes, mais comme des hommes de foi, amoureux du Christ et dévoués à sa cause, car ils savaient bien en qui ils avaient placé leur foi. La mort des frères Carlos Antonio et Raúl a été la conséquence acceptée d'un choix de vie pour Dieu et pour les hommes, qui venait de leur foi et de leur consécration religieuse" (Père Roberto Favre a.a.).

Carlos Antonio Di Pietro (1944-1976)

Né le 8 août 1944 à Buenos Aires, dans une famille pauvre, dont la situation s'est aggravée avec la mort de son père. Attiré par le charisme assomptionniste dans la communauté de La Lucila, il entre au séminaire. Il a étudié la philosophie et la théologie au "Colegio Máximo de los Jesuitas de San Miguel". Il a travaillé avec les plus pauvres et les plus jeunes dans les missions à l'intérieur du pays dans le cadre du projet d'Action Missionnaire Argentine et dans le quartier Luna à Villa Tesei ou Manuelita de San Miguel, avec d'autres religieux. Le 30 novembre 1975, il prononce ses vœux perpétuels de chasteté, de pauvreté et d'obéissance au sanctuaire de Lourdes de Santos Lugares.

Raúl Rodríguez (1947-1976)

Né à Lobos (Buenos Aires) le 29 mars 1947, ses parents sont morts très tôt. Il est entré au séminaire en 1967 et a terminé ses études secondaires. Il a étudié la philosophie et la théologie au "Colegio Máximo de San Miguel", et en 1972, il a prononcé ses premiers vœux. avec le frère Carlos, il a animé des groupes de jeunes pendant deux ans et a fait partie du conseil pastoral de la chapelle "La Lucila", très impliqué dans la catéchèse de cette chapelle et de "la Manuelita". Il était également membre de l'équipe des formateurs de la Congrégation dans la région.

LE TÉMOIN DE LA FOI EN COLOMBIE

Daniel (Hubert) Gillard (1935-1985)

Né le 6 juin 1936 à Gingelom, diocèse de Liège (Belgique), il prononce ses premières vœux le 29 septembre 1956, ses vœux perpétuels le 29 septembre 1959 et est ordonné prêtre le 17 mars 1962. Après quelques années d’études universitaires, le Père Daniel opte pour l’œuvre missionnaire en Colombie au service de plus pauvres.

Il est arrivé en Colombie en 1965, a travaillé dans l'école de la congrégation à Bogota, a été transféré à Medellín, et enfin à Cali, où il a fondé la Paroisse du Saint Evangile.

Le 11 avril 1985, le Père Humbert, assomptionniste, 49 ans, se rendait dans son véhicule à la chapelle du Seigneur des Miracles, située dans le quartier d'El Vergel. Au cours du voyage, ils ont trouvé des obstacles sur la route qui les empêchaient d'atteindre ce lieu, et à leur retour, ils ont remarqué la présence d'un véhicule avec des soldats de l'armée nationale et des civils qui les recevaient avec des tirs de mitrailleuses de front et des deux côtés, sous prétexte de ne pas obtempérer à l'ordre de stopper. Nohemí Arévalo, secrétaire de Cáritas, et Rigoberto Cortés vice-président du comité pastoral, ont été blessés lors de cette attaque, et le Père Daniel est grièvement blessé : deux balles dans la tête et trois dans le corps, P. Daniel a été laissé dans un état végétatif pendant 195 jours à cause des blessures, puis il a perdu la vie.

Il s’endort dans la paix de l’éternité le 26 octobre 1985. Dans la nuit du 28 au 29 octobre, des milliers de pauvres viennent saluer le corps du Père, exposé dans son église paroissiale où sont célébrées d’émouvantes obsèques. Le Père Daniel est inhume au cimentière de Cali. En lui, la congrégation perd un religieux jeune, capable, intelligent, qui s’est donné tout entier jusqu’à au sacrifice suprême.

LES TÉMOINS DE LA FOI EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO (RDC)

Le 19 octobre 2012, les assomptionnistes P. Jean-Pierre Ndulani, P. Edmond Kisughu et P. Anselme Wasukundi ont été enlevés dans leur presbytère, à Mbau, dans la région de Beni, une des principales villes du nord du Kivu, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).

À ce jour, personne n’a pu établir avec certitude les circonstances de leur enlèvement, ni ce qu’ils sont devenus.

Edmond Bamtupe Kisughu, est né en 1959 et a été ordonné prêtre en 1986. Il a beaucoup travaillé en paroisse et il est le seul des trois à avoir passé plus de trois ans à Mbau.

Jean-Pierre Mumbere Ndulani, né en 1962, il a été ordonné prêtre en 1994. Il a été curé à Oicha, en RD Congo, mais est également parti en mission en Équateur et en Écosse. Il a surtout travaillé en paroisse.

Anselme Kakule Wasukundi, est né en 1971 et a été ordonné en 2004. Il a été maître des postulants, en paroisse. Il venait de terminer une licence en histoire à Butembo (RD Congo).

Vincent Machozi (04.04.1965-20.03.2016)

Le prêtre assomptionniste, fondateur d’un site d’information sur les violences au Nord-Kivu, a été assassiné dans la nuit du 20 au 21 mars 2016. Les assassins présumés ont été innocentés faute de preuve.

Né en 1965 au sein d’une famille de sept enfants, orphelin de père à l’âge de 15 ans, Vincent Machozi avait décidé, à 17 ans, d’entrer dans la congrégation. Après ses études de théologie en France et son ordination à Angers en 1994, il avait été envoyé au séminaire de Kinshasa, capitale de la RD-Congo, pour y enseigner. Le père Machozi présidait l’association «Kyaghanda Yira» – du nom de l’ethnie Yira (ou Nande), majoritaire dans cette partie du Nord-Kivu – qui vise à défendre les droits et les terres de ce peuple.

Les Yira sont un peuple d’environ quatre millions de personnes qui, depuis 2010, est la cible de groupes armés qui chassent ces populations de leurs terres pour pouvoir exploiter le sous-sol riche en coltan. Lors de son assemblée générale en février 2016, l’association Kyaghanda Yira avait qualifié ces massacres de « génocide de l’ethnie Yira ».