AA-Info n° 13 – Juillet 2026

« On ne voit bien qu’avec le cœur »

EDITORIAL du P. Ngoa Ya Tshihemba
Supérieur Général des Augustins de l’Assomption

Vous vous rappelez peut-être cette expression : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »  Elle est de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince. Après le CGP qui a eu lieu à Iaşi (en Roumanie), je suis resté dans cette partie du monde pour la visite canonique en Roumanie, Bulgarie, Turquie et Grèce. La place qu’occupe la Mission d’Orient dans nos textes capitulaires, les commissions et sur la liste des œuvres mobilisatrices est sans équivoque. L’intervention du Saint-Siège pour empêcher une éventuelle fermeture de la communauté de Plovdiv ne faisait que renforcer l’importance de cette mission. Une mission qui avait reçu la bénédiction du Pape Pie IX : « Je bénis vos œuvres d’Orient et d’Occident » alors que l’Assomption n’avait pas encore une œuvre en Orient. Bénédiction prophétique ?

L’Église catholique représente une très petite minorité dans ces pays de la Mission orientale, où elle compte parfois moins de 1 % de la population. De ce fait, nous ne bénéficions même pas de certains droits auxquels nous pourrions prétendre si les catholiques représentaient au moins 5 % de la population. Malgré ces conditions, la petite Eglise catholique tient bon et résiste. Une persévérance admirable, soutenue par toute la congrégation : la présence des frères qui viennent des jeunes fondations en témoigne. 

Le Père D’Alzon, connaissant bien la réalité de l’Eglise catholique en Orient, y voyait la main de Dieu à travers la persévérance de ceux qui y étaient envoyés. La présence reste humble mais soutenue par une foi et une espérance audacieuse. On comprend alors l’expression du Père Emmanuel d’Alzon : « Dans l’Orient lui-même, Dieu s’est laissé des témoins. Heureux ceux qui restent témoins fidèles jusqu’à la fin ! » (E.S. p. 565)

Pendant que je rédige ce texte, il se tient une session à Arusha. Et voici un extrait du message que j’avais adressé aux participants à cette session sur la relecture missionnaire en l’Assomption : « Cette session est le fruit d’une conviction profonde et qui s’impose par la réalité elle-même : l’avenir de notre Congrégation sera à la mesure de l’authentique passion missionnaire que nous développerons en nous et autour de nous.

Vous êtes réunis pour partager vos expériences. C’est aussi un temps de réflexion qui nous aidera à progresser dans la manière de stimuler, préparer, accompagner et évaluer les expériences missionnaires dans la Congrégation. Nous voulons faire mieux demain. Que chacune de vos interventions, suggestions et contributions soit portée par cette volonté d’améliorer la qualité de nos réponses aux différentes missions qui nous sont confiées. »

Je tiens donc à remercier tous ceux qui, du fond du cœur, aspirent ou acceptent de vivre cette mission si particulière, compte tenu de la réalité sur le terrain et, surtout, des qualités spirituelles qu’il faut posséder ou développer pour trouver le bonheur dans cette mission, car la bonne volonté seule ne suffit pas. Le temps peut être un atout pour y parvenir : « C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. »  (Le Petit Prince, chapitre 21)

« On ne voit bien qu’avec le cœur ». Je rends grâce à Dieu qui a permis à mon cœur de voir et d’être témoin de son œuvre à travers nos frères qui ont cru en la Mission d’Orient et aussi à travers ceux qui y croient encore aujourd’hui. J’éprouve une joie immense d’avoir foulé certaines terres que le Père d’Alzon a lui-même parcourues et où notre famille religieuse poursuit encore aujourd’hui sa mission. Les paroles du psalmiste resonnent fort dans mon cœur : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? » Il n’y a pas mieux que les attitudes intérieures que le psalmiste énumère comme réponse à sa propre question : « J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur. Je tiendrai mes promesses au Seigneur. J’offrirai le sacrifice d’action de grâce. » (Psaume 115, 12-14)Oui, il ne s’agit pas ici d’une logique de transaction avec Dieu. Les dons de Dieu sont trop grands, trop gratuits, pour être payés avec des moyens humains. Il ne me reste qu’à demeurer dans l’action de grâce, la fidélité et l’obéissance confiante.

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