Article « Postulation » dans AA-Info n.2025-8 Le P. d’Alzon et Ies études

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Description

Le P. d’Alzon et les études

Le tiers des religieux de notre congrégation est aujourd’hui aux études.
A quoi ont ressemblé celles de notre fondateur et que pensait-il de la
formation des Assomptionnistes ?

Les études du P. d’Alzon

Thème délicat à aborder, tant notre fondateur a un parcours académique atypique
et un profil d’étudiant bien lui : à la fois étudiant modèle, intelligent,
ordonné et discipliné dans ses recherches, mais assez instable puisqu’il change
quatre fois d’orientation en moins de quatre ans.

Enfant, Emmanuel semble avoir peu apprécié les services de son précepteur,
l’abbé Bonnet, jusqu’à placer un nid de hibou dans son lit. A 12 ans,
improvisant une homélie devant ses amis, il le voit s’approcher. Saisissant
l’occasion, il déclare :

Mes chers amis, si le bon Dieu vous envoie des enfants ne leur donnez jamais de
précepteur, mais élevez-les vous-mêmes.

A Stanislas, le célèbre lycée parisien, l’adolescent se montre appliqué,
sans briller. Il fait quand même partie de l’élite, obtenant le baccalauréat
ès lettres le 8 août 1828 : moins de 1 000 candidats furent reçus cette
année-là dans toute la France.

Il s’inscrit à la Faculté de droit de Paris. Mais n’étant pas homme à se
contenter de cours à l’Université, si prestigieuse soit-elle, il fréquente
plusieurs sociétés étudiantes où il tisse de solides amitiés intellectuelles.

L’année suivante, Emmanuel ne reprend pas le chemin de la faculté. Il préfère
poursuivre ses études en autodidacte au château familial de Lavagnac.
En octobre 1831, il entre au séminaire de Montpellier où il passe un an et
demi et reçoit les ordres mineurs le 1er juin 1833.

Durant l’été, il décide de ne pas retourner au séminaire et considère alors
plusieurs lieux dont Paris et Solesmes. Ses parents le convainquent de
compléter sa formation à Rome.

Séjour à Rome

Rome est une ville universitaire pour le jeune abbé d’Alzon. En novembre 1833,
Rome est la ville qu’il choisit pour approfondir la théologie et se préparer
au ministère.

Il s’inscrit au Collège Romain, l’actuelle Université Grégorienne, pour
quelques cours et fort brièvement, de décembre 1833 à Pâques 1834.
Plus rapide que ses confrères italiens, il préfère étudier à son rythme et
surtout auprès de professeurs particuliers, renommés et très savants.

Deux atouts le lui permettent. Le premier est son nom, qui lui ouvre toutes
les portes : son milieu aristocratique et les relations de sa famille
facilitent les contacts. Le second est sa discipline personnelle :
d’Alzon cultive un véritable goût pour le travail intellectuel. Il peut lire
du matin au soir et dans plusieurs langues, suivre avec ardeur un programme
personnel particulièrement exigeant.

Bref passage au Collège Romain

L’abbé d’Alzon a d’abord suivi des cours au Collège Romain, premier centre
d’études de la Compagnie de Jésus, fondé par saint Ignace sur le modèle
de l’Université de Paris.

La théologie morale de Stefano Gabaria lui plaît. Mais il écarte l’Écriture
sainte de Giuseppe Bruniati et s’inscrit à deux cours de théologie dogmatique.
Les leçons sont fréquentées par environ 80 étudiants, majoritairement italiens.

Les registres de l’année 1833-1834 mentionnent le nom de d’Alzon Emmanuel,
en face duquel on lit :

Abiit sub initium januarii

« s’est retiré au commencement de janvier ».

Le dossier précise qu’il est « gallus » (Français) mais il est vide :
aucune note, aucune mention sur l’assiduité ou la discipline.
A partir de Pâques 1834, il délaissa définitivement les cours et devint un
étudiant parfaitement autonome et libre de toute obligation universitaire.

D’Alzon fut sans doute déçu de l’enseignement dispensé au Collège Romain,
trop semblable à celui de Montpellier.

Quant à la forme, c’est toujours la même.

A l’époque, les enseignants dictent leur leçon aux étudiants et cette manière
d’étudier la théologie ne pouvait lui suffire.

Je suivrai deux cours de dogme et un cours de morale, on suit ordinairement
un cours d’Écriture sainte, mais je trouve que celui qui le fait est trop
obscur et trop diffus. Enfin, je n’en suis pas du tout content.

Un « parcours à la carte »

Il sera guidé par des théologiens reconnus, tous partisans de Lamennais qui
lui a remis une lettre d’introduction pour chacun d’eux. Ses professeurs
particuliers sont le cardinal Ludovico Micara, le P. Benedetto-Maurizio
Olivieri, le P. Antonio-Francesco Orioli, le P. Gioacchino Ventura et le
P. Giuseppe-Maria Mazzetti.

Leur affiliation aux idées de Lamennais posera un véritable problème pour
son ordination. L’abbé d’Alzon dut démentir une lettre de dénonciation et
lever toute suspicion en redisant son allégeance au pape.

Évoquant l’état d’esprit qui l’habite depuis la condamnation de Lamennais,
il écrit le 23 août à l’abbé Fabre :

J’étudie tous les jours et je me confirme dans quelques maximes, dont mon
voyage me fait comprendre l’importance. La première, c’est qu’il faut toujours
travailler pour Rome, quelquefois sans Rome, jamais contre Rome.

Des études liées au vœu de pauvreté

La manière dont Emmanuel a organisé et accompli ses études de théologie est
importante pour comprendre sa vision de la formation à l’Assomption.
Pour lui, les études sont d’abord liées à l’obligation de travailler,
que ce soit manuellement ou intellectuellement.

S’agissant du travail intellectuel, l’étude de la théologie s’enracine dans
notre désir de Dieu et celui de servir son Église.

Il nous faut des saints, mais des saints illuminés par la science catholique.

Les études préparent à l’apostolat. Que la mission soit de nature pastorale
ou éducative ; le travail intellectuel constitue une exigence qui s’impose
à tous et non pas le privilège ni le loisir de quelques-uns.

Si vous voulez accomplir l’œuvre de l’Assomption, il faut étudier.
Je vous en fais une obligation en votre qualité de soldat de l’Église.

Aussi, tout manquement aux études marque une indigence qui se répercute dans
la médiocrité de l’apostolat :

On étudie malheureusement peu, très peu, et la conséquence,
c’est que l’on instruit mal.

Ne pas étudier pour soi, mais pour les autres

Lorsqu’on n’étudiera plus dans la Congrégation, c’est qu’elle aura fait son
temps et qu’elle aura reçu la malédiction de Dieu.

Notre Fondateur vient de rappeler que les études s’intègrent dans un projet
apostolique centré sur la charité et la sanctification personnelle.

Il ne s’agit pas seulement d’acquérir des compétences ou un diplôme
supplémentaire, mais de fréquenter les bons auteurs : lire la Bible,
devenir un véritable familier d’Augustin et de Thomas d’Aquin ;
connaître les maîtres spirituels et découvrir la vie des saints.

Un parcours adapté aux possibilités de chacun

Après le postulat, tous les assomptionnistes doivent étudier la philosophie
et la théologie. Mais tous ne suivent pas le même parcours.

Trois ans de philosophie et quatre de théologie pour certains, réduits à
une année de philosophie et deux ans de théologie pour les jeunes profès
moins capables.

Un des caractères essentiels de nos études sera l’union de la pratique des
vertus et de la science.

Pour d’Alzon, la théologie ne transmet pas un savoir abstrait mais la pensée
et la manière d’agir de Dieu.

Étudier et faire étudier

Le but des études est d’introduire dans une connaissance toujours plus intime
de Dieu.

L’obligation de s’instruire quand on le peut est bien plus sérieuse qu’on ne
le pense généralement. Le sacerdoce périt par une certaine ignorance,
l’ignorance de savoir parler de Dieu.

Travailler l’avènement du Règne n’est pas séparable des études qui deviennent
fort utiles lorsqu’il s’agit de guider les âmes.

Le travail écartant toutes sortes de tentations, le P. d’Alzon souligne que
les études favorisent aussi la chasteté et l’obéissance puisqu’elles
incitent à l’humilité contre toute vaine curiosité.

Pas de course aux diplômes

Aux frères sortant du noviciat, le Fondateur demandait de toujours revenir
aux fondements des études : l’humilité devant le Mystère de Dieu et la
charité envers autrui.

Ne croyez pas que nous ayons une grande estime pour la science que constatent
les diplômes universitaires ; nous les subissons dans le même esprit que la
nécessité d’accorder le divorce aux Hébreux. Ce fut un pape qui a établi les
grades ; depuis, le diable les a retournés contre l’Église.

Aux destinés aux études courtes, d’Alzon prodiguait un autre conseil :

Vous n’êtes pas très capables, alors ne perdez pas une minute de votre temps.
Occupez votre esprit, entretenez-le tous les jours.

Vous adorerez moins le Dieu des sciences, vous adorerez davantage le Dieu de
l’humilité.

Conclusion

Le P. d’Alzon a voulu une congrégation doctrinale. Il a conçu une « famille »,
tout en prévoyant qu’un jour elle serait sans doute un « peuple ».

Retenons son exigence d’une formation intégrale et plus particulièrement d’une
formation théologique orientée vers la pratique des vertus, l’apostolat et la
mission de l’Église.

Son parcours académique doit nous donner le goût de l’inculturation, le besoin
de fonder notre découverte de la théologie sur une expérience humaine et
personnelle.

Si les étudiants ne se plongeaient pas avec ardeur dans la science sacrée,
peut-être faudrait-il les en retirer, puisque certainement plus tard ils s’en
dégoûteraient encore plus.

La science sacrée n’est pas une science morte, perdue dans les abstractions,
mais une science immuable comme Dieu, lumineuse comme son Verbe, vivante et
féconde comme son amour.

P. Vincent LECLERCQ
Postulateur général


Notes

  1. Réunion des formateurs à Nîmes, novembre 2024.
  2. Siméon Vailhé, Emmanuel d’Alzon, t. I, p. 24.
  3. Ibid., p. 25.
  4. Lettre de D’Alzon à D’Esgrigny, 19 septembre 1833.
  5. Historique du Collège Romain.
  6. Lettres du P. d’Alzon, t. A, p. 457, 460, 464, 547, 548.
  7. AA Informations, décembre 2000, n° 6, p. 7-8.
  8. Encyclique Singulari Nos, 25 juin 1834.
  9. ES 633.
  10. ES 188.
  11. ES 1036.
  12. ES 468.
  13. ES 212.
  14. Nicolas Tarralle, op. cit., programme des études.
  15. ES 1096.
  16. ES 634.
  17. ES 634-635.
  18. ES 590.
  19. ES 187.
  20. ES 1097.
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