« Qu’il est admirable ce ministère »
EDITORIAL du P. Ngoa Ya Tshihemba
Supérieur Général des Augustins de l’Assomption
Dans la première de sept méditations supplémentaires, le P. d’Alzon parle du ministère de la parole : « Qu’il est admirable ce ministère tel que Notre-Seigneur le communiqua à ses apôtres par l’action toute-puissante du Saint Esprit ! »
Pourquoi revenir sur ce ministère dans cet éditorial ? Je suis en visite canonique depuis le 2 mars. J’ai commencé en Espagne, où nous avons trois communautés, toutes en charge de paroisses (parfois deux pour une seule communauté.) Après l’Espagne, j’ai visité la communauté de Montpellier, elle aussi en charge de trois églises qui forment une paroisse, et aujourd’hui je suis à Nîmes où j’ai célébré l’Eucharistie dans l’église Sainte-Perpétue et Sainte-Félicité confiée aux assomptionnistes.
Nos frères qui rendent service dans ces différentes paroisses ont eu la gentillesse de convoquer les personnes qui collaborent directement avec eux pour un partage avec moi. C’est pendant les échanges avec ces personnes que j’ai réalisé combien nos frères exerçaient un ministère admirable de la parole et de l’écoute dans une société qui en ressent la nécessité.
En parlant de l’accompagnement du peuple de Dieu, le 34e Chapitre général avait donné des orientations assez claires : « Nos sociétés sont de plus en plus fragmentées ; les divisions, replis nationaux et conflits s’y intensifient. Malheureusement, l’Église n’échappe pas à cette réalité. C’est pourquoi, là où nous sommes, nous souhaitons redoubler d’efforts en faveur de l’unité, de la charité et de la vérité, tant entre les peuples qu’au sein de l’Église et entre les Églises. » (Actes du 34e Chapitre général n. 131). Le même Chapitre Général nous invitait à développer l’esprit synodal dans l’accompagnement du peuple de Dieu : « Nous veillerons à accentuer une collaboration étroite avec les laïcs dans tous les lieux où nous sommes en mission, afin de favoriser la synodalité dans l’animation et la gouvernance de nos paroisses (…). Ensemble, nous œuvrons pour le bien de la communauté. » (Actes du 34e Chapitre général n. 134).
L’amour de l’Eglise devrait être, selon le P. d’Alzon, une des premières marques particulières quand ce ministère admirable est confié aux assomptionnistes. « Rien n’est beau comme de se dévouer à la cause de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Eglise » (E.S. pp. 616-617). Même s’il est vrai que nous ne devons pas tomber dans une espèce de paranoïa en voyant les ennemis de l’Eglise partout autour de nous, il est aussi vrai que nous ne devons pas être naïfs. Aimer l’Eglise, c’est aussi prendre position pour la défendre. Si cela peut se faire par la vie, c’est encore mieux : une vie centrée sur le Christ et dont la charité est la Règle d’or.
Le ministère de la parole devient de plus en plus exigeant. Raison pour laquelle le P. d’Alzon insiste sur une préparation convenable : « Se précipiter dans la mêlée sans les armes nécessaires serait une suprême imprudence. Donc, il faut nous préparer. Il faut lutter vaillamment, mais avec une certaine science, et cette science ne nous étant pas donnée directement comme aux apôtres, il faut l’acquérir par l’étude, et c’est là la sanctification par le travail, si nécessaire à ceux qui veulent se consacrer au combat de Dieu » (E.S. p. 617).
Lorsqu’il s’agit d’entreprendre des actions dans l’accompagnement du peuple de Dieu, il faut être prêt à toute éventualité : réussir ou échouer. Nous vivons à une époque où l’échec est difficilement toléré, d’autant plus qu’une nouvelle génération de frères est au service de communautés qui étaient autrefois habituées à une certaine façon de faire. Il faut du temps, de la patience et du courage pour que les changements soient compris et acceptés. Dans un partage avec des frères qui se sentaient dans cette situation, je les appelais justement à redoubler de confiance. Le P. d’Alzon dit que, quand le découragement s’empare de nous, c’est le moment, au contraire, de redoubler de confiance. Il parle de « l’heure solennelle de l’espérance ». Parce qu’à ce moment on apprend à se confier aux autres et au maître du chantier : le Seigneur. N’est-ce pas là le sens de ces paroles de Paul aux Corinthiens : « Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 9).
Le ministère de la parole et de l’accompagnement du peuple de Dieu, c’est-à-dire l’évangélisation, est admirable mais de plus en plus exigeant. Il requiert cette vertu que notre Fondateur décrivait comme indispensable à tout Assomptionniste : l’humilité.


